Ils témoignent

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3# Lucille REKAH

"Je m’appelle Lucille Rekah, j’ai dix-neuf an et j’ai vécu mon enfance à Tende, au sein de la Vallée de la Roya. Après l’obtention d’un bac scientifique, j’ai poursuivi des études en architecture. L’été dernier, durant deux mois, j’ai travaillé en tant qu’aide à domicile. Puis en septembre, j’ai continué ma licence mais après de nombreuses réflexions, incertitudes, introspections, j’ai choisi d’abandonner ce domaine artistique, constructif afin de me diriger vers un parcours plus social. L’emploi saisonnier, réalisé envers des personnes en difficulté, a été un des éléments déclencheurs concernant ma réorientation. 
Initialement, je souhaitais réaliser un travail d’été tout autre que dans le domaine de l’aide à la personne. A défaut du peu d’emplois accessible à cause de la crise sanitaire, je fis une demande à un post « urgent » afin de subvenir aux besoins d’autrui en situation précaire. La nécessité d’être active et de gagner de l’argent de poche était primordial alors j’ai accepté le contrat.  
Il est peu courant de débuter des tâches inconnues avec guère d’explications ni d’accompagnement. Et bien, pourtant j’ai commencé seule à me rendre chez les particuliers. Les premières semaines étaient synonyme d’adaptation, de création de confiance envers autrui. Ce n’est pas simple de s’occuper d’un domicile particulier sans connaissance préalable, je me rappelle ressentir des sentiments de gène partagés, de non compréhension… Je découvris alors que chaque personne avait des besoins d’aide différents. Certes les tâches ménagères étaient primordiales mais ce n’était pas tout ! Le soutien psychologique, les courses à acheter, les lessives de linge à faire tourner et sécher, les explications et apprentissages, les préparations de repas, les petites aides personnelles (toilettes) demandaient beaucoup. Lorsque j’arrivais chez moi le soir, j’étais fatiguée, non pas du ménage accompli, mais surtout de l’énergie positive dépensée pour chacun. 
Mon emploi du temps était bien rempli. En moyenne, je m’occupais de trois à quatre personnes différentes par jour, ce qui représente un travail d’environ trente-cinq heures par semaine. Je me rendais chez un particulier durant deux heures voire une heure trente. Durant ce créneaux horaire, j’étais responsable de rendre « propre » l’ensemble de l’habitation. Je ne cache pas que suivant certaines maisons les tâches ménagères ne pouvaient être réalisées en leur globalité, cela dû aux grandes surfaces, aux besoins primordiaux à la personne… Afin de ne pas tomber dans une routine, j’aimais tout particulièrement discuter avec les hôtes. La plupart étaient des personnes d’un certains âge alors j’apprenais à découvrir leur parcours de vie, leurs passions, leur famille, leurs craintes, leurs habitudes… 
Ce qui me plaisait, c’était ce lien d’interaction et d’apprentissage commun. Il m’est arrivé d’avoir des discussions vraiment censées et poussées, alors j’avais hâte de retrouver cet échange la semaine suivante ! Ce qui m’a bien fait plaisir, également, ce sont les petits cadeaux offerts (biscuits, nourriture du jardin, vêtements, argent, livre) après de longs efforts. Je n’osais trop accepter mais il était, selon plusieurs personnes, « important de remercier et valoriser le travail fourni, surtout venant d’une jeune fille ». D’ailleurs, tous étaient étonnés de rencontrer « une femme de ménage » si jeune. Alors j’expliquais que c’était seulement pour une durée de deux mois. 
Vers la fin de mon contrat, les hôtes souhaitaient me revoir car me savoir à leur côté était rassurant. Je retiens quelques phrases de certains, telles que : « Mais pourquoi tu pars ?J’ai pas envi d’avoir encore une nouvelle femme de ménage. C’est toujours dure de changer de personne. Tu vas nous manquer », ou encore « Lucille tu n’étais pas une simple femme de ménage tu étais mon auxiliaire de vie. Tu es quelqu’un d’éclectique ! ». Tous ces beaux messages furent accueillis avec gratitude. C’était triste de fausser compagnie à plusieurs personnes. "