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4# Franck TRAINEAU

Dans le cadre du Printemps des Poètes, Franck TRAINEAU, signe trois poèmes intitulés "Tout en poésie" à travers lesquels il livre un instant vécu, un instantané.

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Tout en poésie

Ce matin il me semble
Que tu es avec moi
Nous regardons ensemble
Des photos d'autrefois,
Tous ces yeux ces visages
Qui sourient devant toi
Te parlent davantage
Que les mots, que ma voix.
De ton doigt tu caresses
Une de ces images
Une fille et ses tresses
Une belle enfant sage
Deux gamins qui l’entourent
Et qui rient aux éclats
Un petit moment d’amour
Il y a si longtemps déjà…


Je revois dans tes yeux mes dimanches matin,
Le chocolat mousseux, les tartines de pain,
Un petit air de fête sur le vieil électrophone
Un petit air de musette un peu avant l’automne 
Les bruits de mon quartier résonnent à nouveau
Les appels des copains, le boucan des motos
Et puis dans un panier sur un coin de la table
La liste des commissions c’était inévitable


Tout est trop bien rangé
Dans un coin de ta tête
Notre enfance passée
Les dates et les fêtes,
Les souvenirs d’un temps
Où la vie était douce,
Un âge où les serments
Trainent au fond des trousses.
Tu nous voyais grandir
Tu nous savais partis
Avant que de vieillir
Ne t’apprenne l’oubli. 
Tout est si bien rangé
Dans un coin sans lumière
Qu’il est vain d’essayer
De te parler d’hier. 


Je revois dans tes yeux les dimanches matin,
Le chocolat mousseux, les tartines de pain,
Un petit air de fête sur le vieil électrophone
Un petit air de musette un peu avant l’automne 
Les bruits de mon quartier résonnent à nouveau
Les appels des copains, le boucan des motos
Et puis dans un panier sur un coin de la table
La liste des commissions c’était inévitable


La brume désormais
Estompe ton regard
Les secrets sont passés
Tu n'es plus nulle part.
Pendant quelques instants
J’ai vu une étincelle,
Un tout petit moment,
Raviver tes prunelles,
Tu m’auras fait revivre
Un peu de mes dix ans,
Et entrouvert le livre
Que tu tenais caché.
La vie continuera
Se fera sans tout ça,
Et puis se finira …tout bas


Je cherche dans tes yeux mes dimanches matin,
Le chocolat mousseux, les tartines de pain,
Le petit air de fête …
Le vieil électrophone …
Ce petit air de musette …
Mais c’est déjà l’automne,
Il n’y plus de panier sur le coin de la table
La vie est ainsi faite et c’est inévitable

*************

Et comment ça va faire
Quand tes yeux auront fui,
Comment je comprendrai
Qu'ils ne sauront plus taire
Le vide de ces nuits
Où tu recherches en vain
Les traces de ta vie.

Ils sont sourds les échos 
De ces moments passés
La brume s'est posée
Sur les visages qu'hier
Tu aimais regarder...

Il n'y a plus d'étincelle
Au fond de ton regard
Juste un trou rond et noir
Qui mange tes prunelles
Et un peu chaque jour
Disparaît cet amour
Qu'il savait nous donner.


Que peut il arriver
Quand tout sera éteint...?

Je resterai bien seul
A me ressouvenir 
Témoin sans auditoire
D'une vie sans histoire 
J'aurai dedans mon coeur
Les secrets de tes pleurs
Et le vide de l'oubli... 

Un livre se referme
Il ne s'ouvrira plus
Juste sur sa quatrième
Resteront, imparfaits,
En pauvre résumé
Des mots pour rappeler
Qu'il est dur d'oublier…

 

*************

 

Quelques individus, misérables, avides,
Escrocs de pas de porte, colporteurs sans honneur
Ont, par un beau matin, profité de ce vide
Qui meurtrit ton cerveau sans abîmer ton cœur

Non contents de te vendre d’infâmes pacotilles
Ils firent aussi main basse sur tes économies
Envolés les oiseaux ne restent que les coquilles
Coucous de bas étage ce soir je vous maudis

Devant la boite vide ils t’ont laissé pleurer,
Ces hommes courageux ont lutté sans relâche
Contre une faible femme comme ils ont dû forcer
Ils se croyaient très forts et ils n’étaient que lâches

Devant la boite vide ils t’ont laissée sans rien
Ils avaient ta confiance, ils te tenaient la main
Comme ils t’avaient charmée, tu leur voulais du bien
Tu voulais les aider, réjouir leurs lendemains

Devant la boite vide ils t’ont vue si docile,
Ces deux grands courageux avaient trop bien compris
Qu’il est bien plus aisé de vaincre sans péril
Que d’affronter la vie comme tu me l’as appris

Devant la boite vide ils t’ont laissée défaite
Parce qu’ils ont montré que tu avais laissé
Tous les raisonnements abandonner ta tête
Et qu’avec maladie rimait être abaissé 

Devant la boite vide tu es restée muette
La vie s’est retirée de tes yeux attristés
Parties les illusions ne reste que les dettes
Tu n’as pas bien compris mais c’est bien arrivé.

Aujourd’hui les gendarmes les ont emprisonnés
Mais tu as toujours peur de les voir revenir
Tu ne sais encore pas pourquoi ils ont sonné
Ni ce qu’ils ont volé mais c’eût pu être pire …